Le 29 juin dernier, la secrétaire d’Etat à l’écologie a annoncé que la France se doterait de seuils d’alerte et de seuils d’informations dès que certains taux de microparticules PM est dépassé comme cela se fait déjà avec l’ozone. Une circulaire est en préparation. Dans plusieurs pays, des structures se mobilisent contre les PM10 et PM2.5. Les émissions de particules PM10 sont dues aux activités industrielles (36% des émissions), au chauffage domestique (21 %) et à l’agriculture (29 %). Dans sa prise de position du 25/03/2006, le Conseil des Communes et des Régions d’Europe soutient le bois-énergie tout en incitant la création de nouvelles normes pour les chaudières et cheminées car de récentes études indiquent que les appareils de chauffage au bois sont responsables de plus de 50% des émissions de PM2,5 au Danemark, de 60% en Norvège et 40% en Finlande. Les sources des émissions de particules PM2,5 sont différentes : les émissions dues à la combustion du bois pour le chauffage domestique en hiver sont prépondérantes (34% des émissions) et celles dues aux véhicules diesel sont significatives (14%) (source CITEPA). En Suisse, l’office fédéral de l’environnement a évalué à 8% les émissions de PM10 provenant du bois-énergie. En Amérique du Nord, le chauffage au bois est devenu le principal ennemi de certaines associations de défense de la qualité de l’air. En Suisse, le lobby du gaz fait son marketing en affichant des émissions de particules 100 fois plus faible que le bois. Parce que les problèmes de santé publique engendrés par la pollution de l’air pourraient dépasser ceux du réchauffement climatique, il est important que le chauffage domestique au bois se développe proprement. Les moyens techniques sont là, il ne manque que la réglementation.

La réglementation

 Suisse depuis 01/03/1998Europe depuis 22/04/1999
Limite journalière (moyenne sur une journée)50 μg/m350 μg/m3
Nombre de jours de dépassement autorisésMaximum 1Max. 35 (depuis 01/01/2005)
Max. 7 (dès 01/01/2010)
Limite annuelle (moyenne sur l’année)20 μg/m340 μg/m3 (depuis 01/01/2005)
20 μg/m3 (dès 01/01/2010)

Tableau 1 : valeurs limites de concentration de particules PM dans l’air pour la Suisse et l’Union Européenne

Il y a deux types de réglementation : celle en amont qui interdit les systèmes polluants et celle en aval qui interdit à l’air d’être pollué… La première permet de prévenir la pollution, la seconde permet de mettre en place la première quand les seuils d’alerte sont dépassés. En Europe, la directive 1999/30/CE du 22 avril 1999 fixe les valeurs limites journalières et annuelles du taux PM10 dans l’air, avec un nombre de jours de dépassements limité et devant diminuer (cf. tableau 1). La Suisse va plus loin en limitant à un seul dépassement par an ces seuils. Une directive européenne est en cours pour la réglementation des PM2.5. Pour les appareils de chauffage domestique, il n’y a pas encore de réglementation européenne alors qu’en Amérique du Nord, les inserts, les poêles et les chaudières doivent être certifiés à la norme CSA B415.1- M92 au Canada et 40 CFR Part 60 de l’EPA aux USA. En Allemagne et en Autriche il existe néanmoins le « Münchner Brennstoffverordnung » et le « 15 a-Verordnung » qui limitent les émissions à respectivement 150 et 88 mg/m3 (à 13% O2). Il existe également des normes non obligatoires en Allemagne, en Autriche et en Suisse (cf. tableau 2). En France la réglementation touche les chaudières de puissance supérieure à 2 MW (Arrêté du 25 juillet 1997).

PaysAppareilmg / m3 (13%O2)mg / MJ
AllemagneTous5034
AutricheChaudière automatique29/4420/30
AutricheChaudière manuelle4430
SuisseChaudière à bûche6041
SuisseChaudière à plaquette9061
SuissePoêle à pellet6041

Tableau 2 : valeurs limites d’émissions de PM10 pour les appareils de chauffage domestique de normes non obligatoires (Source : Energie Bois Suisse)

Une simulation convaincante

Comparaison de simulation de la pollution aux PM10 de différents appareils Les particules se forment principalement lors de la combustion incomplète des combustibles et des carburants. Il faut donc traiter le cas des appareils anciens et/ou ayant un mauvais rendement. Energie Bois Suisse a réalisé une petite simulation pour comprendre et visualiser la différence d’impact entre des matériels performants et des appareils à faible rendement de combustion. Trois cas de figure sont illustrés par l’occupation au sol de la pollution de différents appareils en diluant les particules à la valeur limite de 50 μg/m3 sur une couche d’air de 500 mètres de haut. Sachant que les PM10 restent en suspension en moyenne pendant 10 jours, le calcul est effectué avec 10 jours d’émissions.

Dans le cas d’un feu en forêt de 500 kg de bois humide à l’air libre, les émissions sont de 5000 m3 à une concentration de 5000 mg/m3 et polluent 100 ha. Dans le cas de 5 appareils de chauffage domestique à mauvais rendement, les émissions sont de 135 gr/h et polluent 27 ha par appareil. Enfin dans le cas de cinq poêles à granulés avec des émissions de 0.67 gr/h, la surface polluée est de 135 m2 par appareil.

Un électrofiltre à particule pour le particulier

Electrofiltre Zumikron Ruegg Les poêles et chaudières à granulés et à bois déchiqueté de qualité et utilisés dans de bonnes conditions n’émettent donc que très peu de particules. Malheureusement, les parcs actuels comptent essentiellement des appareils anciens, peu efficaces, et polluants. Une solution technique existe désormais pour réduire de 70 à 90% les émissions de particules des systèmes de chauffage domestique au bois peu performant. Zumikron est un électro-filtre à particule, mis au point par la société Ruegg. Le système s’adapte à tout type de fumisterie pour les installations de moins de 35 kW. Il consiste principalement en une électrode, amenée à un potentiel de près de 20 000 volts, qui ionise les particules qui sont attirées par la paroi intérieure du conduit sur laquelle elles s’agglomèrent. Equipée de cette nouvelle technologie, une chaudière à granulé a vu ses émissions de particules passer de 19.5 à 2.7 mg/m3 ! Consommant à peine 12 W, le fonctionnement est économique. Le coût conseillé est de 1200 € HT et l’appareil bénéficie du crédit d’impôt lorsqu’il est vendu avec une installation neuve. Si ce filtre peut réduire de 73% en moyenne la pollution par les PM10, l’Etat français ne devrait il pas étendre les équipements pouvant bénéficier du crédit d’impôt à ce type de filtre?

La filière bois-énergie doit-elle attendre que certains lobbies ternissent son image pour mettre en place une norme d’émissions maximum des PM10 ou PM2.5 spécifiques aux appareils de chauffage domestique ?

JHDC